Qui d'autre que toi se lève tôt le matin, avant tes mômes, avant le monde, pour sortir les petits bols du matin, pour remplir le lait maternel. Qui d'autre que toi, pour signer les cheques de familles, qui d'autre que toi pour se taire lorsque le bosse semble s'adresser à un chien.
Qui d'autres pour courir après les bus, les trains, chignant les maux de tête, pour arriver à temps au spectacle de théâtre de simon.
Qui d'autre pour lutter, disperser chaque inquiétude dans un sourire, pour qu'il puisse s'endormir véritablement, qui d'autre que soi.
T'en connais combien des comme toi. Qui d'autre que toi petit stagiaire mal entretenu, au 30% du SMIC à peine encaissé la banque les refourgue au loyer, qui d'autre que toi, le week end lorsque les autres enchaînent soirées branchouilles qui d'autre que toi pour se lever à 6h, et enchaîner le boulot dans ces boites à commerce que l'on nomme Relay.
Qui d'autre que toi pour étudier, malgré le manque de calme, le ventre qui succombe aux crampes des journées arides. Qui d'autre que toi pour simuler la force, la persévérance
et la vie. Qui d'autre que toi.
T'en connais combien des comme toi. Qui se cramponnent à cet homme marié, à ses mensonges, ses fantasmes sexuels et égoïstes, juste pour qu'il reste une minute de plus à tes côtés, qui d'autre que toi.
Qui d'autre que toi, pour attendre le coup de fil, espérant que le « je vais la quitter, dès qu'elle se sentira mieux, en ce moment elle traverse un moment de stress au boulot, je peux pas lui faire ça », ressemble à une vérité.
qui d'autre pour se fissurer les veines pour une personne qui se trouve à cet instant même auprès de sa famille. Qui d'autre que toi pour accepter de ne pas être aimée.
Qui d'autre que toi.
T'en connais combien des comme toi. Exploité depuis le plus jeune âge, par cette grande marque qui sait si bien nous donner la virgule et la pêche. Qui d'autre que toi pour regarder les enfants favorisés aller à l'école, tandis que tes mains machinalement fabriquent ce que les occidentaux vont acheter à Noël. Qui d'autres que toi.
Qui d'autre que toi dois nourrir sa famille, dois attendre son tour, qui d'autres que toi gonfle les statistiques néfastes de la mondialisation, qui d'autre que toi.
T'en connais combien des comme toi. Moi je pense que des comme toi il y en a beaucoup trop, et dans ces moments là, on se dit que l'on est seul.
Seul à se démener, seul à tituber, seul à lutter, seul à se faire violence et finalement seul.
On s'imagine qu'il y a des anges qui veillent sur nous, et qu'un jour ou l'autre ils viendront nous aider à retrouver ce qui était « Nous ».



